Arnaud Montebourg, député socialiste de Saône-et-Loire, était l’invité de la radio RTL le 10 janvier 2012. Il y a dressé un "bilan du sarkozysme" avec 4 chiffres dont celui de la dette publique des administrations de la France.
LES MOTS
"10 ans de pouvoir, 600 milliards de dette en plus, 75 milliards de déficit commercial, 1 millions de chômeurs en 5 ans de plus" - A. Monterbourg, le 10/01/2012
Nous avons déjà traité la question de la dette et celle du déficit commercial dans de précédents articles. Qu’en est-il du chiffre du chômage?
LES FAITS
- Les limites des définitions du chômage
Les chiffres du chômage s’expriment de diverses manières rendant leur analyse parfois difficile. Il y a en effet deux méthodes pour compter les chômeurs: le nombre d’inscrits à Pôle Emploi (ou à l’ANPE et aux ASSEDIC, avant leur fusion) et la définition du Bureau International du Travail (BIT). Cette dernière a d’ailleurs varié au cours du temps rendant son interprétation discutable, mais a pour avantage de permettre des comparaisons internationales. Enfin, les chômeurs sont différenciés en catégories à Pôle emploi, selon leur obligation à chercher activement un emploi et selon qu’ils exercent une activité à temps réduit ou non.
- Evolution du chômage depuis 2007
Pour calculer l’évolution du nombre de demandeurs d’emplois lors du quinquennat de N. Sarkozy, prenons comme date de référence mai 2007 (ANPE et BIT). Ainsi, fin novembre 2011 (derniers chiffres connus au moment de l’interview), 4 834 400 personnes (+ 1,64 millions depuis mai 2007) étaient inscrites à Pôle emploi soit 5 123 800 en France y compris DOM selon la DARES. Parmi eux, il y a 2 844 800 chômeurs en catégorie A, c’est-à-dire en recherche active et n’ayant exercé aucune activité réduite (+ 703 400) et 4 244 800 en catégorie A, B et C, c’est-à-dire en comptant ceux qui ont eu une activité réduite dans le mois (+1,005 millions). Au sens du BIT, il y avait 2 631 000 chômeurs (+ 370 000) en métropole selon l’INSEE, soit un taux de 9,3% (qui s’élève à 9,8% en incluant les DOM).
>> voir l’actualisation de ces chiffres (dernière mise à jour: 2 mai 2012)
Historiquement, les chiffres de novembre 2011 sont les plus mauvais depuis novembre 1999 pour les chômeurs catégorie A, depuis décembre 1994 selon le BIT, et depuis la création de l’ANPE (1967) pour les chômeurs catégorie A à E (c’est-à-dire de la Ve République).
L’industrie est le secteur le plus touché avec 338 200 emplois perdus depuis le 2ème trimestre 2007, selon les chiffres de l’Insee. Ce sont par ailleurs les jeunes (15-24 ans) qui sont les plus touchés avec 22,5% de chômeurs (+2,4% depuis juin 2007) selon le BIT, soit 640,5 millions de jeunes demandeurs d’emplois en catégorie A, B et C selon Pôle Emploi.
Cette série de chiffres dresse donc un tableau sombre de la situation du chômage en France. Néanmoins, elle doit être regardée à l’aune de la crise économique qui a touché tout l’occident et, par surcroît, des mesures qui ont été prises dans le but de relancer l’embauche.
- Les principales mesures du Gouvernement pour l’emploi
Malgré une hausse presque constante du nombre de demandeurs d’emploi depuis début 2008, le Gouvernement a paradoxalement diminué de 24% les crédits alloués à la mission "travail et emploi". Le budget est ainsi passé de 12,64 milliards en 2007 à 10,19 milliards d’euros en 2012, ce qui a diminué le financement de pôle emploi, des contrats aidés, des politiques de développement de l’emploi et même celui de la formation des chômeurs. Cela n’inclus toutefois pas l’ensemble des dépenses en faveur de l’emploi car certaines dépendent directement des collectivités territoriales. Selon une étude du ministère du Travail, les dépenses de politique en faveur du marché du travail ont représenté 87,1 milliards d’euros en 2009 soit 2,42 points de PIB.
Les deux premières années du quinquennat ont été marquées par une baisse de ces dépenses (2,18 points de PIB en 2007, 2,03 points en 2008), suivies d’une augmentation en 2009, principalement due à l’indemnisation du chômage. La crise mondiale a par ailleurs conduit le Gouvernement actuel à prendre de nombreuses mesures, parfois coûteuses (sur lesquels nous reviendrons dans de prochains articles). Ainsi, le chômage partiel a été indemnisé pour 530 000 salariés afin de limiter les licenciements économiques. Par ailleurs, pour ne pas aggraver le chômage des personnes en situation précaire N. Sarkozy a dû se résoudre à financer des contrats aidés (313 515 salariés avec contrat aidé selon les derniers chiffres de 2011, contre 265 000 au plus bas fin 2008). Le coût de cette mesure est estimé par la Cour des Comptes à 3,4 milliards d’euros en 2009 (environ 15 milliards pour l’ensemble du quinquennat).
Parmi les autres mesures en faveur de l’emploi, on peut également citer: la suppression des charges pour les nouveaux emplois créés dans les très petites entreprises (TPE), la prime à la casse et les 6 milliards d’euros prêtés pour soutenir le secteur de l’automobile, la baisse de la TVA dans la restauration à 5,5% (30 000 emplois crées pour un coût de 2,4 milliards d’euros par an), ou encore 1,8 milliards d’euros de prêts bonifiés pour les agriculteurs.
- Le bilan mitigé des heures supplémentaires
Selon un rapport de la Commission des Finances du Sénat (26 octobre 2012), "il s’agit d’un dispositif inefficace qui mériterait d’être supprimé en tout ou partie". Mis en place par l’article 1er de la loi du 21 août 2007 en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat (TEPA), la défiscalisation des heures supplémentaires avait pour double but de "la baisse durable du chômage et à l’augmentation de notre rythme de croissance." Le pouvoir d’achat devait par ailleurs être ainsi augmenté avec le fameux "travailler plus pour gagner plus".
Le coût de cette mesure est d’environ 4,7 milliards d’euros en 2011, et sera de 21,9 milliards sur l’ensemble du quinquennat. Selon le rapport de la Cour des Comptes (octobre 2010), le gain sur la croissance est d’environ 0,15 % de PIB et son efficacité sur l’emploi ambigu. Baisser le coût du travail permet en principe de diminuer le chômage. Cependant, il y a eu d’une part un transfert des heures non déclarées en heures défiscalisées (soit augmentation du temps de travail théorique), et d’autre part, en cette période de crise, un effet en partie négatif sur le chômage puisqu’il devenait moins intéressant d’embaucher. Au final, la Cour des Comptes conclue que "l’efficience du dispositif semble très limitée, le gain en PIB étant en tout état de cause inférieur au coût de la mesure."
En revanche, sur le pouvoir d’achat, l’effet est plus certain selon le rapport du Sénat. Cette mesure a bénéficié à 9,4 millions de salariés (soit 37% des salariés en France), pour un gain moyen de 360 euros par bénéficiaire (soit 30 euros par mois). Toutefois, la Commission des Finances déplore que ce dispositif soit plus avantageux pour les ménages les plus riches (75 euros par mois en moyenne pour les 10% qui gagnent le plus contre 12,6 euros pour les salaires les plus bas).
- La France ne s’en sort pas mieux que les voisins européens
Contrairement à ce que répète le Gouvernement, la France est touchée par la crise dans des proportions similaires à la moyenne européenne. Selon les derniers chiffres du BIT publiés par Eurostat (au moment de cet interview), le taux de chômage en France (9,8%) est supérieur à celui de 15 autres pays de l’Union Européenne, dont l’Allemagne (5,5%) mais aussi l’Italie (8,5%), les Pays-Bas (4,8%), ou le Royaume-Uni (8,3%). Il est cependant inférieur à celui de l’Espagne (22,8%), la Grèce (18,3%), ainsi que les pays baltes et de l’Europe de l’Est. En terme d’évolution, depuis octobre 2008 (début de la crise), il a augmenté un peu moins rapidement en France (de 8,0 à 9,8%) que dans la moyenne de 27 pays européens (7,3 à 9,8%).
VERDICT
Le chiffre de 1 millions "tout rond" avancé par A. Montebourg correspond bien à l’augmentation du nombre de demandeurs d’emplois en catégories A, B, et C depuis 2007. Ses propos ne sont donc pas erronés bien qu’on puisse objecter que ce n’est pas la seule manière de comptabiliser l’évolution du nombre de chômeurs durant le quinquennat. Les estimations vont ainsi de 370 000 pour le Bureau International du Travail (BIT) à 1,64 millions si on considère toutes les catégories du chômage de Pôle Emploi.
Par ailleurs, si le coût des mesures prises par le Gouvernement est certain (21,9 milliards pour les heures supplémentaires, environ 7,5 milliards en 3 ans pour la restauration, 15 milliards pour les emplois aidés), leur efficacité est plus difficile à apprécier et sera sûrement débattue lors de la campagne présidentielle 2012. En tout état de cause, elles n’ont pas permis au secteur de l’Emploi en France d’évoluer moins défavorablement que dans la moyenne des pays européens.
A lire également:
- Sur le site: Augmentation "record" du chômage depuis 2007
- Sur le site: X. Bertrand: “La France est encore le pays qui résiste le mieux face à la montée du chômage dans toute l’Europe” – VRAI ou FAUX?
- Croissance, dette, chômage, pouvoir d’achat, commerce extérieur: la France a-t-elle mieux résisté à la crise que les autres pays européens?
- L’exception française du chômage permanent, article paru le 21/05/09 dans Le Point
- Le rapport sur les Contrats Aidés (octobre 2011) de la Cour des Comptes et celui sur les heures supplémentaires et prélèvements obligatoires (octobre 2010)
- Source: qu’est-ce que l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques)? qu’est-ce que la Cour des Comptes?
LES PROPOSITIONS pour l’Emploi des candidats à la Présidentielle 2012 :
- E. Joly
- M. Le Pen
- N. Sarkozy (propositions 4-5, 8-10 et 12-13)
- JL. Mélenchon (pages 22 à 25)
- P. Poutou
- N. Arthaud
- J. Cheminade
- F. Bayrou
- N. Dupont-Aignan (propositions 6 à 17)
- F. Hollande (et également ici)
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