
Nicolas Sarkozy lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), le 13 février 2008 à Paris © GONZALO FUENTES / AFP
Au lendemain de la tuerie devant l’école juive de Toulouse, Nicolas Sarkozy s’est rendu dans l’établissement François Couperin à Paris le 20 mars 2012. Après la minute de silence, il a prononcé devant des élèves de classe de 6e et de 3e réunis dans la cour un discours, dont les propos ont suscité de vives réactions de la classe politique.
Etablissant un lien entre les enfants assassinés la veille et les collégiens présents autour de lui, il a déclaré que "ça s’est passé à Toulouse dans une école confessionnelle avec des enfants de famille juive mais ça aurait pu se passer ici. Il aurait pu y avoir le même assassin, ces enfants sont exactement comme vous." Il a poursuivi son discours en insistant sur l’importance de "penser" aux enfants innocents qui sont morts, "et de réfléchir au monde tel qu’il est." Nicolas Sarkozy a rappelé ensuite le jeune âge des victimes, précisant que "l’assassin s’est acharné sur une petite fille, il faut réfléchir à ça."
De la lettre de Guy Môquet au lycée à la mémoire de la Shoah en CM2
La question de savoir comment parler à des enfants d’un drame fait débat chez les pédopsychiatres. Nicolas Sarkozy a fait le choix de les confronter à la réalité en leur demandant de réfléchir à la mort de victimes innocentes qui ont leur âge. Cette approche de l’éducation n’est pas nouvelle et rappelle deux décisions marquantes de son quinquennat, certes prises dans des contextes bien différents.
Lors de sa prise de fonction le 16 mai 2007, sa première décision de président de la République a été de faire lire la lettre d’adieu de Guy Môquet en début d’année à tous les lycéens de France (voir l’annonce en vidéo). Ce jeune résistant communiste a été fusillé par les Allemands le 22 octobre 1941 à l’âge de 17 ans, et selon la "conviction" de N. Sarkozy, il a ainsi "voulu dire à des enfants du lycée, à des jeunes ou à des adolescents : regardez, il y avait un adolescent qui avait votre âge et qui n’a pas hésité à mourir parce qu’il voulait mourir debout" (Discours sur l’école et la réforme de l’enseignement primaire, 15 février 2008). Lue dans 95% des lycées à la rentrée 2007, elle a été progressivement abandonnée par les proviseurs et le Gouvernement, une note du Ministère de l’Education du 16 septembre 2009 incitant d’ailleurs plus à étudier la lettre qu’à en faire une lecture solennelle.
Suivant cette même "conviction" N. Sarkozy a demandé, lors d’un dîner au CRIF le 13 février 2008, "de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah." Il a voulu ainsi qu’ils soient "attentifs aux êtres, à l’intimité des noms et des prénoms, à l’importance de leur environnement le plus quotidien. Comment seraient-ils alors insensibles à l’histoire de ces enfants, qui avaient les mêmes jeux, les mêmes joies, et les mêmes peines qu’eux, et qui, progressivement, ont été exclus de leur école, séparés de leur famille, chargés dans des trains pour un voyage sans retour ?" Dans son discours du 15 février 2008, il a de nouveau défendu cette proposition: "si vous ne leur parlez pas de ce drame-là, alors ne vous étonnez pas que cela se reproduise, a-t-il déclaré, c’est l’ignorance qui fait la reproduction de situations abominables, ce n’est pas la connaissance."
Cependant, cette mesure n’a finalement pas été mise en pratique compte tenu des nombreuses protestations, et plus particulièrement celle de Simone Veil, présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et ancienne déportée. Présente lors du dîner du CRIF, elle l’a jugée "inimaginable, insoutenable, dramatique et surtout, injuste." "A la seconde, mon sang s’est glacé, a-t-elle reconnu, (…) on ne peut pas infliger ça à des petits de 10 ans, on ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort, cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter." Une commission s’est ensuite réunie, présidée par Hélène Waysbord-Loing, présidente de l’association de la Maison d’Izieu. Son rapport rappelle que l’enseignement de la Shoah figure déjà dans les programmes de l’école élémentaire, en CM2 depuis 2002. Si la disparition progressive des témoins et victimes rend son étude d’autant plus indispensable, la proposition du président de la République y est cependant critiquée, le groupe de travail privilégiant une approche orientée vers la vie qui distingue l’identification et l’émotion.
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- Toulouse : une minute de silence dans toutes les écoles de France. Comment en parler aux enfants ? article paru le 20/03/2012 dans Le Huffington Post
- Tuerie de Toulouse : retour sur les événements, article paru le 23/03/2012 dans Le Monde
- Guy Môquet et les pièges de la mémoire, article paru le 25/10/2007 dans Le Figaro
- Hollande d’accord avec Sarkozy sur la mémoire de la Shoah, article paru le 14/04/2008 dans Le Nouvel Observateur
- Bayrou : les valeurs de Sarkozy mènent à un "choc", article paru le 14/04/2008 dans Le Nouvel Observateur
et les esclaves ?
confions l’histoire de chaque enfant déporté vers les champs de cannes ….