Prix de l’essence: la polémique sur les propositions de Hollande décryptée


- dernière mise à jour le 27/02/2012 à 19h20 -

La récente augmentation des prix du carburants a lancé une polémique entre F. Hollande et les membres du Gouvernement.

LES MOTS

Lors d’un déplacement à Nantes, F. Hollande, candidat  du Parti Socialiste, a déclaré le 19 janvier 2012 que s’il devient président, il fera dès le mois de mai "un blocage temporaire du prix de l’essence" pendant 3 mois accompagné d’une "réflexion avec les distributeurs et aussi la mise en place de cette TIPP flottante."

Il dit par ailleurs qu’à "travers la hausse du prix de l’essence, l’État a des recettes qui augmentent".

Eric Besson, Ministre chargé de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique, a réagi le lendemain au micro de RTL en affirmant que bloquer les prix "est juridiquement totalement impossible et deuxièmement c’est totalement inefficace, comme l’est sa proposition de rétablir la TIPP flottante." Selon lui moduler cette taxe serait dangereux pour nos finances car pour baisser le prix à la pompe de "10 centimes, cela coûte 5 milliards au budget de l’Etat." Les marges des distributeurs et raffineurs seraient faibles en France et la seule méthode pour baisser les prix serait ce que fait déjà le Gouvernement: faire jouer la concurrence en informant les Français des écarts de prix entre les différentes station service et inciter l’achat de voitures qui consomment moins. Toute autre possibilité d’action directe de l’Etat a ainsi été écartée par l’ancien membre du PS.

Le 27 février, N. Sarkozy a jugé au micro de RTL que promettre de bloquer les prix de l’essence "c’est se moquer des Français (…) c’est mentir et cela n’a aucun sens" car le "prix du pétrole est fixé par un marché mondial à l’extérieur." Pour "limiter les dégâts", il estime, tout comme E. Besson, que le système du bonus-malus sur les voitures est utile car il permet "l’économie d’énergie" et aurait permis à la France de devenir "le parc automobile le moins polluant et moins consommateur d’Europe." Il faut par ailleurs selon lui "développer l’énergie nucléaire" et les énergies renouvelables.

(voir la vidéo à partir de 10:53) 

LES FAITS

Pour comprendre ces affirmations, ils convient d’abord d’analyser ce qui fait varier le prix payé par le consommateur. Il y a 3 composantes à part variable:

    1. Les taxes: elles représentent la part la plus importante, soit 60 à 65% prix du sans plomb et 50 à 60% du prix du gazole. La taxe intérieure de consommation des produits énergétiques (TICPE, qui remplace la TIPP) est perçue sur les volumes, et la TVA sur le prix de vente du produit.
    2. Le baril de pétrole (en dollars): environ 30% du prix. Il varie en fonction de la spéculation sur son prix et sur la parité euro/dollars. Actuellement, le cours de l’euro baisse, donc le baril de pétrole est payé plus cher en Europe.
    3. Les marges des raffineurs et distributeurs (qui sont souvent la même entreprise): 5 à 20% du prix

Nicolas Sarkozy a raison d’affirmer que l’on ne peut exiger de l’Arabie Saoudite ni d’un autre pays de changer son prix de vente du pétrole, mais il oublie de préciser que le prix à la pompe ne dépend pas que de cette variable. S’il paraît également difficile à l’Etat français d’agir sur la spéculation mondiale sur le cours du baril, quand est-il des deux autres composantes qui, ensemble, représentent 70% du prix à la pompe?

1/ Les marges des distributeurs et raffineurs sont-elles faibles?

D’après le baromètre de l’association des consommateurs et usagers, les marges des raffineurs sont en hausse depuis 10 ans, passant par exemple de 2,7 centimes/litre de sans plomb 2001 à 3,75 centimes en 2011 (+39%). Celles des distributeurs ont aussi augmenté d’environ un tiers en 10 ans pour atteindre 10 à 11 centimes par litre. La seule politique de mise en concurrence n’empêche donc pas une augmentation des marges supérieure à l’inflation. Si on additionne les marges, on obtient 14 à 17 centimes par litre en fonction du carburant soit environ 7 à 8,5 euros sur un plein de 50 litres.

Evolution du prix moyen de l'essence sans plomb depuis 10 ans - Source: cicv.org

E. Besson se trompe en affirmant que Total gagne essentiellement de l’argent "à l’etranger dans l’exploration et la production comme tous les grands pétroliers". Ainsi, le groupe Total, qui est aussi bien distributeur que raffineur, a enregistré un bénéfice net de 10,3 milliards d’euros en 2010 (contre 7,8 et 13,9 en 2009 et 2008, respectivement). Sur un chiffre d’affaire de 159,3 milliards d’euros, la vente de produits raffinés lui a rapporté 52,6 milliards d’euros rien qu’en Europe (en 2010, le prix moyen du baril de pétrole était d’environ 60 euros et Total a vendu 2,4 millions de baril par jour en Europe). Si on considère seulement les marges, en prenant 15 centimes par litre vendu, cela représente 20,9 milliards de bénéfice pour l’Europe (1 baril = 159 litres). Ces calculs ont bien sûr des limites car ils restent approximatifs, Total ne communiquant pas tous ces détails. Cependant, les ordres de grandeur ne sont probablement pas faux et vouloir faire baisser ces marges ne semble donc pas "démagogique et contre productif."

A lire également:

2/ La hausse du prix de l’essence augmente-t-elle les recettes de l’Etat?

3/ Bloquer les prix de l’essence est-il "totalement impossible juridiquement"?

4/ La TIPP flottante est-elle "inefficace et coûteuse"?

Une réflexion sur “Prix de l’essence: la polémique sur les propositions de Hollande décryptée

  1. ce gouvernement est incompétent , remplis d’opportunistes qui ne savent même pas se que c’est de vivre avec 400e net de toutes factures ….

    virez les …

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