Nicolas Sarkozy était l’invité du journal de 20 heures de TF1 le 25 avril 2012. Il a continué à défendre son bilan et son programme et a aussi beaucoup critiqué François Hollande, quitte à déformer parfois la réalité des faits. Nous avons relevé et vérifié sept affirmations quelque peu approximatives.
1/ "Je n’ai jamais assimilé les électeurs de François Bayrou à ceux du Front national, et d’ailleurs je ne considère pas comme offensant d’avoir voté pour une candidate dont je ne partage pas le point de vue." (vidéo à partir de 3 :39)
Dans un entretien aux quotidiens de l’association des journaux de l’Est de la France (Ajef) paru le 25 avril 2012, Nicolas Sarkozy a pourtant déclaré :
"On ne peut pas accepter une immigration dont le seul but serait de bénéficier de prestations sociales toujours plus généreuses ! De ce point de vue, les préoccupations des électeurs de M. Bayrou et Front national sont les mêmes, même si les chemins sont différents…"
François Bayrou a rapidement réagit en déclarant à l’AFP le jour-même: "Les propos de Nicolas Sarkozy tendant à confondre les électeurs qui ont voté pour moi et ceux de Marine le Pen sont absurdes et offensants."
2/ "J’ai vu que M. Hollande […] parle beaucoup du Front national. Mais que dit-il, lui, quand Tariq Ramadan ose appeler à voter pour François Hollande ? Tariq Ramadan, l’homme avec qui j’ai débattu, qui proposait un moratoire sur la lapidation de la femme adultère ? C’est monstrueux ! Voilà un homme qui appelle à voter pour François Hollande. Je n’ai pas entendu François Hollande dire que cela le gênait." (vidéo à partir de 4 :19)
Comme le démontre cet article paru dans Le Monde, le président-candidat invente un soutien à François Hollande. D’après Nathalie Kosciusko-Morizet, Tariq Ramadan aurait appelé à voter pour le candidat socialiste le 11 mars 2012 à Lyon. Pourtant, dans une longue vidéo apparemment filmée lors cette manifestation, il n’évoque pas le vote pour le second tour. Dans une autre vidéo, apparemment extraite d’une intervention le 4 mars, l’intellectuel suisse parle longuement de l’élection présidentielle française: "Aujourd’hui, je n’ai pas de consigne de vote, a dit M. Ramadan. Franchement, je serais bien emprunté, c’est pour ça que je souris souvent en disant aux Français ‘Bonne chance’, parce que, franchement, je ne vois pas […] Je vais voter contre Sarkozy, mais si Hollande arrivait par la suite je serais contre lui de la même façon…"
Interrogé dans l’émission "Des paroles et des actes" sur France 2 le 26 avril, N. Sarkozy n’a pas retiré ses propos et a d’ailleurs invoqué une dépêche AFP parue le jour-même "à 18h17" comme un argument supplémentaire. Cependant, dans cette dépêche AFP T. Ramadan dément formellement les affirmations du candidat de l’UMP: "Jamais de ma vie, je n’ai appelé à voter François Hollande. Je ne suis pas Français, je n’ai pas donné de consigne de vote. J’ai dit qu’il ne devait pas y avoir de consigne de vote musulman, que cela ne voulait rien dire. J’ai simplement appelé les citoyens français, de confession musulmane ou autre, à voter en conscience et à faire le bilan de la politique de Nicolas Sarkozy, qui est très mauvaise", a-t-il déclaré.
>> A lire également: Des responsables musulmans s’exaspèrent des « manipulations » électorales, article paru le 26 avril 2012 dans Ouest France
3/ "M. Hollande dit nous allons régulariser tous les étrangers en situation illégale, parce que c’est ça le cas par cas." (vidéo à partir de 7 :38)
Nicolas Sarkozy a utilisé cet argument à plusieurs reprises pendant la campagne électorale, notamment lors de sa déclaration de candidature le 16 février 2012 sur TF1. En réalité, le Parti Socialiste n’a plus parlé de régularisation massive des sans-papiers depuis des années. Dans son projet (p.42), le PS parle d’une "loi de programmation et d’orientation" sur l’immigration, et prône "un processus de régularisation pour les travailleurs étrangers et les parents d’enfants scolarisés sur la base de critères clairs et transparents et s’appliquant à tous de manière égale sur le territoire national." Dans le programme de François Hollande (proposition 50), il est écrit: "Je conduirai une lutte implacable contre l’immigration illégale et les filières du travail clandestin. Je sécuriserai l’immigration légale. Les régularisations seront opérées au cas par cas sur la base de critères objectifs."
Le candidat socialiste a d’ailleurs précisé ce qu’il entend par "cas par cas" sur TF1 le 25 avril (voir la vidéo à partir de 2:30) ou dans l’émission "Des paroles et des actes" sur France 2 le 15 mars. Il appliquerait les mêmes critères qu’actuellement - l’emploi, la famille et le temps passé en France - sauf qu’ils “seront les mêmes pour tout le monde” sur l’ensemble du territoire car, selon lui, ce ne serait pas déjà le cas (voir la vidéo à partir de 14:06).
D’après le dernier rapport publié par le Comité interministériel de contrôle de l’immigration, il y a eu 32 810 régularisations en 2011 contre 27 827 en 2007, ce qui correspond à une augmentation de 17,9% en 4 ans (page 72 bis).
>> Pour plus de détails: lire cet article sur le site et cet article sur le blog Les Décodeurs
>> Les propositions des candidats sur l’immigration:
- Hollande (proposition 50)
- Sarkozy (propositions 22 à 24, ainsi que celles de cet entretien)
4/ Chômage : "Je ne suis pas satisfait de ces 400 000, vous avez raison, c’est le chiffre, c’est 17% de chômeurs en plus (…) 220% d’augmentation en Espagne." (vidéo à partir de 9 :01)
Les chiffres du chômage sont calculés par deux méthodes: le nombre d’inscrits à Pôle Emploi et la statistique du Bureau International du Travail (BIT). Nicolas Sarkozy a choisi de se référer à la seconde, qui est plus à son "avantage", tout en étant approximatif. En effet, fin mars 2012, 4 309 300 demandeurs d’emplois étaient comptabilisés en catégorie A, B et C par Pôle Emploi, c’est-à-dire en recherche active et ayant exercé ou non une activité réduite dans le mois (Source: DARES). Cela représente 1,069 millions de chômeurs de plus qu’en mai 2007 soit une hausse de 33%.
La définition du chômage par le BIT a pour avantage de permettre des comparaisons internationales, même si son interprétation est parfois discutable. D’après Eurostat, le taux de chômage a atteint les 10% de la population active fin février 2012 contre 8,5% au début du quinquennat. D’après l’INSEE, qui s’arrêtent à fin décembre 2011, il y avait 2 678 000 chômeurs en métropole, soit 422 000 de plus qu’en juin 2007, ce qui correspond à une hausse de 18,6%.
Concernant l’Espagne, d’après les données d’Eurostat, le taux de chômage est passé de 7,9% à 23,6% sur la même période, soit une hausse de 199%. Notons toutefois que Nicolas Sarkozy utilise le même chiffre (220%), pour parler du bilan des sept années de pouvoir du socialiste Zapatero (notamment lors de son discours à Saint-Cyr le 23 avril). Or, entre mars 2004 et novembre 2011, la hausse a été de 108%. Par ailleurs, il ne compare pas la France aux 8 pays de l’Union Européenne où le taux de chômage baisse depuis un an (voir l’infographie).
>> Pour plus de détails:
-
Les vrais chiffres du chômage depuis 2007: bilan du quinquennat
>> Les propositions des candidats sur l’Emploi:
-
Sarkozy (propositions 4-5, 8-10 et 12-13)
5/ "Non, je n’ai pas dit le ‘vrai travail’, je veux faire du 1er mai une fête du travail." (vidéo à partir de 11 :24)
Le 23 avril, M. Sarkozy avait pourtant déclaré devant des journalistes:
"Nous allons organiser la Fête du travail, mais la fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, de ceux qui sont exposés, qui souffrent, et qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas on puisse gagner plus que quand on travaille."
(voir la vidéo montée par Le Nouvel observateur)
Dans l’émission "Des paroles et des actes" sur France 2 le 26 avril, il a finalement dit qu’il regrettait cette formule: "Sur le vrai travail, ce n’est pas une expression heureuse (…) Je voulais dire une vraie fête du travail, c’est-à-dire avec les travailleurs sous statut et les travailleurs dans le privé." (voir la vidéo)
6/ Les heures supplémentaires : "Le candidat socialiste souhaite les supprimer." (vidéo à partir de 11 :24)
En réalité, François Hollande ne propose pas de les supprimer pour toutes les entreprises. Dans son programme (proposition 34), il est écrit: "Je reviendrai sur la défiscalisation et les exonérations de cotisation sociale sur les heures supplémentaires, sauf pour les très petites entreprises." Il estime que cela permettrait d’augmenter les recettes de l’Etat de 3,2 Md€ et suit les recommandations la Commission des Finances du Sénat (rapport du 26 octobre 2011), qui conclue: “il s’agit d’un dispositif inefficace qui mériterait d’être supprimé en tout ou partie.”
Le coût de cette mesure a été d’environ 4,7 Md€ en 2011, et de 21,9 Md€ sur l’ensemble du quinquennat. Cela a bénéficié à 9,4 millions de salariés (soit 37% des salariés en France), pour un gain moyen de 360 euros par bénéficiaire (soit 30 euros par mois). Selon un rapport de la Cour des Comptes (octobre 2010), le gain sur la croissance est d’environ 0,15 % de PIB et son efficacité sur l’emploi ambiguë.
7/ "Il n’y a pas un pays au monde qui propose comme première mesure l’embauche de 61 000 fonctionnaires de plus." (vidéo à partir de 13 :59)
Nicolas Sarkozy déforme là encore les propositions de François Hollande. Dans le chiffrage de son programme (page 41), il est écrit: "le nombre total des fonctionnaires de l’État n’augmentera pas." Il s’en est d’ailleurs expliqué notamment la veille au 20 heures de TF1. Il compte, en effet, créer 60 000 postes dans l’Education Nationale (enseignants mais aussi encadrants, assistantes sociales, et psychologues - proposition 36) et "chaque année, 1 000 postes supplémentaires pour la justice, la police et la gendarmerie" (proposition 52), soit 65 000 au total. Cependant, il s’est aussi engagé à ne pas remplacer tous les départs à la retraite dans les autres administrations afin de maîtriser les effectifs. Pour arriver à cet objectif, cela impliquerait toutefois que 65% des départs ne soient pas remplacés, selon nos calculs. Ce chiffre peut paraître ambitieux, et, en tout état de cause, le candidat socialiste se garde bien de l’évoquer.
>> Pour plus de détails: lire cet article sur le site
>> Les propositions des candidats sur la fonction publique:
>> Les propositions des candidats sur l’Education:
>> Comparer les programmes:

