Les approximations de Hollande au 20 heures de TF1 le 24 avril


François Hollande sur TF1 le 24 avril 2012

François Hollande était l’invité du journal de 20 heures de TF1 le 24 avril 2012. Il a continué à défendre son programme sans faire d’annonce majeure. Ses arguments pour convaincre ont cependant été approximatifs à 4 reprises, que ce soit sur les chiffres ou dans les faits.

1/ "M. Sarkozy est responsable de la politique migratoire depuis 10 ans […] Il y a eu 200 000 nouveaux immigrés chaque année, par immigration légale […] Il y a 30 000 régularisations chaque année avec Nicolas Sarkozy." (vidéo à partir de 2 :40)

Concernant l’immigration légale, le nombre de premiers titres de séjour délivrés aux ressortissants de pays tiers s’est en réalité accru de 9,5% depuis 2007 (Source: Comité interministériel de contrôle de l’immigration). L’évolution est croissante depuis 2001 puisqu’on est passé de 149 982 étrangers entrés légalement (page 53) à 188 387 en 2011 (page 48). Parmi eux, environ 82 000 sont acceptés pour raison familiale (regroupement ou mariage), 60 000 pour étudier en France, et 18 000 dans le cadre de l’immigration de travail et 17 500 pour une aide humanitaire (asile, réfugiés politiques).

Source: Comité interministériel de contrôle de l'immigration

Concernant l’immigration illégale, il y a eu 32 810 régularisations en 2011 contre 27 827 en 2007 et 15 833 en 2011, ce qui correspond à une augmentation de 17,9% depuis 4 ans (page 72 bisvoir l’infographie). Les chiffres du candidat socialiste sont donc approximatifs mais la réalité ne contredit pas son argumentaire.

>> Pour plus de détails: lire cet article sur le site

>> Les propositions des candidats sur l’immigration:

 

2/ Droit de vote des étrangers : "Là encore, le candidat sortant en 2008, ce n’est pas vieux, il était déjà président de la République, a dit qu’il était en faveur de cette proposition. Il se renie aujourd’hui, c’est son droit." (vidéo à partir de 6 :01)

Nicolas Sarkozy s’est effectivement déclaré a plusieurs reprises en faveur du vote des étrangers non européens aux élections locales mais seulement "à titre intellectuel." Il n’a jamais considéré qu’il serait bon pour la France de faire voter une loi en ce sens. En 2001, dans son livre Libre, il a écrit : "A partir du moment où ils [les étrangers non communautaires, ndlr] paient des impôts, où ils respectent nos lois, où ils vivent sous notre territoire depuis un temps minimum, par exemple de cinq années, je ne vois pas au nom de quelle logique nous pourrions les empêcher de donner une appréciation sur la façon dont est organisé leur cadre de vie quotidien." En 2005, il a déclaré en marge d’une conférence de presse à Calais, le 24 octobre, que c’était "une question qui devait être ouverte. En ce qui me concerne, j’y suis favorable" (voir la vidéo). Enfin, en 2008, il a répété être intellectuellement favorable à son principe "sur la base de la réciprocité", tout en ajoutant ne pas "avoir de majorité pour faire passer" cette mesure.

Il a depuis changé de discours, sans réellement se renier. Le 23 novembre 2011, dans son discours aux maires de France, il s’est dit opposé à "une proposition de loi constitutionnelle visant à accorder le droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales aux étrangers non ressortissants de l’Union européenne." Il s’est ensuite justifié en invoquant la crise: "elle me semble hasardeuse, parce que cette proposition risque de diviser profondément les Français au moment où, plus que jamais, nous avons besoin de les rassembler. Chacun peut avoir ses convictions et de ce point de vue, il n’y a aucun délit d’idée, naturellement." (voir la vidéo).

>> Pour plus de détails: lire cet article paru le 24/11/2011 dans Libération

 

3/ Sur le financement des 60 000 postes dans l’Education Nationale : "Les effectifs de la fonction publique ne progresseront pas pendant 5 ans […] Ça représente quoi les 60 000 postes sur 5 ans ? 2,5 milliards à la fin du quinquennat, c’est exactement ce qu’a représenté la perte de recette du bouclier fiscal pour protéger les plus grandes fortunes et les plus hauts revenus." (vidéo à partir de 9 :40)

D’après la Commission des finances du Sénat, le bouclier fiscal a constitué une perte de recettes pour l’Etat de 625 millions d’euros en 2008, 585,6 millions en 2009, 591 millions en 2010 et 713 millions en 2011. En cumulé sur l’ensemble du quinquennat, cela correspond bien à 2,5 milliards d’euros. Notons qu’en 2010, il y a eu environ 14 400 bénéficiaires et que les 1 000 premiers contribuables ont perçu une restitution moyenne de 365 000 euros soit 365 millions d’euros.

Cependant, François Hollande utilise ces chiffres de manière trompeuse pour les comparer à sa proposition de créer 60 000 postes dans l’Education Nationale. En réalité, pour financer 12 000 embauches par an, cela coûterait 500 millions d’euros la première année, puis 500 millions de plus la seconde et ainsi de suite: au salaire des nouveaux enseignants et assistants d’éducation, il faudrait payer celui de ceux qui ont été embauchés les années précédentes. En 2017, le coût annuel de cette mesure serait bien de 2,5 milliards d’euros mais cela représenterait en cumulé 7,5 milliards d’euros sur l’ensemble du quinquennat. Néanmoins, ce serait plus un "manque à gagner" qu’une hausse de la dépense publique puisqu’il s’est engagé à ne pas augmenter le nombre de fonctionnaires d’Etat. Pour y arriver, cela impliquerait toutefois que 65% des départs à la retraite ne soient pas renouvelés dans les autres administrations (hormis la justice, la police et la gendarmerie), chiffre qu’il se garde bien d’évoquer.

>> Pour plus de détails: lire cet article sur le site

>> Les propositions des candidats sur l’Education:

 

4/ Sur la réforme des institutions : il dresse la liste de ses propositions et ajoute "Je ne nommerai pas le président des chaînes publiques de télévision […] Mieux encore, un certain nombre de nominations qui relèvent du président de la République seront soumises pour avis conforme aux Commissions Parlementaires avec un majorité des 3/5e. Cela veut dire que l’opposition sera même associée à ces décisions» (vidéo à partir de 15 :27)

La proposition que François Hollande veut ajouter existe déjà. Depuis la loi du 23 juillet 2010, le président de la République doit soumettre certaines nominations aux Commissions parlementaires compétentes qui ont la possibilité de la rejeter en cas de majorité des 3/5e. La liste des postes concernés reste néanmoins restreinte à 47 (comme les présidences de la SNCF, France Télévisions ou La Poste) sur les plus de 350 qui dépendent officiellement de l’avis du Chef de l’Etat. Le candidat socialiste veut peut-être étendre cette liste mais il ne l’a pas précisé.

>> Pour plus de détails: lire cet article sur le site

>> Les propositions des candidats sur la réforme des institutions:

 
 
>> Comparer les programmes:

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