Pour mieux convaincre de la bonne gestion de la dette et des finances publiques, Nicolas Sarkozy et sa Ministre du Budget, Valérie Pécresse mettent en avant la baisse des dépenses de l’Etat en 2011 en la qualifiant d’historique. Quand est-il réellement?
LES MOTS
A la fin de l’émission "Des paroles et des actes" sur France 2 le 6 mars 2012, le journaliste Franz-Olivier Giesbert a demandé à Nicolas Sarkozy s’il n’avait pas fait l’erreur d’avoir trop dépensé en début de quinquennat au lieu d’écouter les conseils de François Fillon. Refusant de faire un "nouveau mea culpa," le candidat de l’UMP a défendu son bilan et affirmé avoir fait:
"le premier mandat de Président de la République qui tient compte des réalités du XXIe siècle sur la dette," notamment car en 2011, "c’est la première fois depuis 1945 que d’une année sur l’autre les dépenses de l’Etat vont reculer"
(voir la vidéo à partir de 13:11)
Ces propos ont même été confirmés le 12 mars 2012 par Valérie Pécresse, au micro de France Inter, lors d’un débat qui l’opposait au socialiste Michel Sapin.
(voir la vidéo à partir de 07:07)
LES FAITS
Les dépenses de l’Etat ont déjà diminué d’une année sur l’autre
Il est vrai que le budget 2011 (page 7) a diminué les dépenses de l’Etat par rapport à 2010. Cependant, d’après les chiffres officiels de l’institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), la deuxième partie de l’affirmation de N. Sarkozy est fausse puisque depuis 1978 elles ont déjà baissé à trois reprises par rapport à l’année précédente, soit en 1998, 2006 et 2007.
Par ailleurs, pour mesurer correctement l’évolution des dépenses, il faut éliminer l’effet de l’inflation car 1 euro d’aujourd’hui n’est pas équivalent à 6,56 francs en 1945. Or, même en les transformant en euros constants 2011 (à l’aide de cette table de calculs de l’INSEE), elles ont régulièrement connu des diminutions depuis 1994. En les rapportant à la production nationale annuelle de richesses, définie par le produit intérieur brut (PIB), elles sont globalement en baisse depuis 1985. Quelque soit le mode de calcul, ce n’est donc pas la première fois qu’un Gouvernement réussi à présenter un budget en baisse, d’autant plus qu’il fait suite à une hausse record des dépenses entre 2007 et 2010 (75 milliards d’euros) et qu’il sera suivi d’une nouvelle hausse en 2012 selon le Projet de loi de finances (page 6).
Le Gouvernement a aggravé les déficits en début de mandat
La dette publique s’est de manière évidente bien plus creusée lors de ce mandat présidentiel que lors du précédent. D’après l’INSEE, elle a augmenté de 20,1 points de PIB entre avril 2007 et octobre 2011 (derniers chiffres officiels) contre 7,8 points entre avril 2002 et 2007. Cependant, la crise des marchés financiers a fait évolué la dette de manière similaire ailleurs en Europe, de telle sorte qu’il est très difficile de juger si le Gouvernement actuel l’a mieux prise en compte que ses prédécesseurs.
>> Lire aussi: Dette publique: la France s’en sort-elle mieux que les autres?
On peut néanmoins constater que malgré des mesures comme le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux ou la réforme de la carte judiciaire, le niveau des dépenses n’a jamais été aussi élevé, que ce soit pour le budget de l’Etat (1636 milliards d’euros au total entre 2007 et 2010) ou pour l’ensemble des administrations publiques (4 189 milliards sur la même période). Les déficits budgétaires votés en 2007 (avec la loi TEPA) et 2008 font d’ailleurs partie des dix plus importants de ces trente dernières années. Ils ont pourtant été votés avant le début de la crise et traduisent l’engagement lors la campagne de 2007 de faire une politique de relance de la demande avec une réduction initiale des prélèvements obligatoires. Ceci a entraîné une aggravation assumée du déficit et de la dette mais le “choc de confiance” voulu par N. Sarkozy n’a pas eu lieu et les allègements fiscaux n’ont pas eu l’impact espéré sur la croissance. D’après la Commission des Finances du Sénat, dans un rapport d’octobre 2011, le Gouvernement a ensuite réagi “trop tardivement” à la crise, voulant tenir son engagement de baisse des impôts. Elle juge notamment ”regrettable qu’il ait mis si longtemps à réaliser qu’il était nécessaire de protéger les recettes publiques” car cela a eu pour résultat d’aggraver la dette et d’augmenter les impôts en retour jusqu’à atteindre un niveau plus élevé qu’en 2007.
La crise n’explique pas à elle seule l’aggravation du déficit et de la dette
La Cour des comptes est aussi très critique de la gestion des dépenses publiques pendant le quinquennat. Dans un rapport de février 2010, elle écrit que la "hausse des déficits et de la dette [est] imputable à la crise mais aussi à des décisions d’effet durable. Le déficit a cependant été aggravé par une maîtrise insuffisante des dépenses publiques et par des mesures de réduction durable des prélèvements obligatoires." Enfin, en février 2011, la Cour estime que "la croissance de 1,4 % des dépenses publiques prévue pour 2011 est trop élevée pour réduire significativement le déficit structurel." Enfin, en juin 2011 elle calcule qu’entre 2007 et 2010, l’aggravation du déficit (3,4% du PIB) est liée à 79,4% à la crise économique, mais aussi à hauteur de 20,6% à l’action du Gouvernement (page 30).
VERDICT
Pour défendre son bilan et convaincre de son sérieux dans la gestion de nos finances, Nicolas Sarkozy n’a pas jugé suffisant de louer simplement l’effort de baisse des dépenses de l’Etat en 2011. Il a choisi d’en exagérer ensuite la portée en prenant le risque d’être pris en flagrant délit d’inexactitude. Contrairement à ce qu’il prétend, ce n’est en effet pas "la première fois depuis 1945" qu’elles diminuent par rapport à l’année précédente. Il omet également de dire que le Gouvernement actuel a prévu de les augmenter en 2012. Ce n’est donc pas le meilleur argument pour démontrer qu’il a mieux pris en compte la dette que ses prédécesseurs. Celle-ci ne s’est d’ailleurs pas creusée qu’en raison de la crise mais aussi à cause de sa politique de relance en début de mandat suivie d’une réaction jugée trop tardive par la Cour des Comptes (p. 2) et la Commission des Finances du Sénat.
A lire sur le site:
- Débat Hollande – Juppé: Sarkozy est-il responsable de l’aggravation du déficit budgétaire?
- Dette Publique: aggravation record de 467,8 milliards d’euros
- Débat Hollande – Juppé: la Droite creuse-t-elle plus la dette que la Gauche?
- Augmentation des impôts depuis 2007
- La gauche est-elle plus "droguée" à la dépense publique que la droite?
- Déficit public: infographie comparant les propositions chiffrées des candidats
- Dette publique: infographie comparant les propositions chiffrées des candidats
A lire également:
- Source: qu’est-ce que l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques)?
- Source: qu’est-ce que la Cour des Comptes?
>> Sur la dépense publique:
- E. Joly (page 36-37 et 67)
- M. Le Pen (et chiffrage)
- N. Sarkozy (pages 4 à 15, chiffrage inclus)
- JL. Mélenchon (pages 15-16 et 25-26)
- P. Poutou
- N. Arthaud
- J. Cheminade
- F. Bayrou (et chiffrage)
- N. Dupont-Aignan (propositions 7 et 14)
- F. Hollande (propositions 9 à 11 et 14 à 17, et p. 40 pour le chiffrage)


Une question
Pourquoi ne voit on pas et n’entendons nous pas des personnes comme vous qui rétablissent la vérité sur des plateaux de TV? On entend de tout . QUI croire? Existe-il des journalistes indépendants qui n’écornent pas vérité. En sachant la vérité sur les faits nous serions à même de voter sans nous poser la même question. QUI croire?
Merci pour votre site mais combien de personnes le connaissent? J’en fait part à mes connaissances mais malheureusement pas à la majorité des français et les politiques le savent. Que faire?
Je pense effectivement que la démocratie gagnerait à ce que sur un plateau de télévision des données officielles soient affichées à l’écran pendant que les représentants politiques parlent ou débattent. Sachant cette règle, ils feraient certainement plus attention à ne pas déformer les faits pour construire leurs argumentaires.
Je partage aussi votre avis sur la difficulté de s’informer et c’est bien cela qui m’a conduit à créer ce site. Cet article est un bon exemple d’une information communiquée par le Gouvernement et reprise par les médias sans prendre le temps de la vérification. Pourtant, il m’a été très facile vérifier que les dépenses de l’Etat ont déjà été en baisse, les données de l’INSEE sont claires et ne nécessitent pas de calcul d’expert. Heureusement, ce petit site n’est pas le seul à faire ce travail. Les blogs Les Décodeurs, Désintox ou le classement de crédibilité du véritomètre d’i-télé font un travail souvent sérieux et utile.
Que faire? Rendre mon site ou ces sites plus connus en les visitant régulièrement est selon moi, et sans prétention, une forme d’exigence qui peut mettre la pression sur les politiciens et certains journalistes pour que l’information soit moins manipulée.
Je vous remercie en tout cas sincèrement pour votre commentaire élogieux, ainsi que tous ceux qui reviennent régulièrement sur desmotsdesfaits.com. De 20 visites quotidiennes il y a deux mois, vous êtes désormais entre 200 et 1000 à le consulter chaque jour!