Evolution du taux des prélèvements obligatoires
Sur les dix candidats, seuls quatre font des propositions suffisamment chiffrées pour permettre un comparatif de l’évolution du taux de prélèvements obligatoires:
Sans juger de la faisabilité de leurs programmes respectifs, ce graphique laisse apparaître que c’est F. Bayrou qui augmenterait le plus les impôts et les charges sociales (indépendamment de leur répartition). En réalité, ce taux s’exprime en point de PIB et dépend donc des hypothèses de croissance de chacun des candidats.
En effet, augmenter les impôts de 40,6 Md€, comme le propose N. Sarkozy, n’apportera pas autant de recettes à l’Etat selon que la croissance économique est favorable ou non. Plus les ménages consomment, plus ils paient de taxes. De même, plus les bénéfices des entreprises sont élevés, plus elles paient d’impôts.
Le candidat du Modem est le seul à suivre les prévisions de croissance du FMI pour 2012 et 2013 (parues fin janvier 2012), et reste moins optimiste pour les années suivantes que les autres candidats. S’il peut paraître légitime d’espérer qu’un changement de politique permettrait à moyen terme d’améliorer la croissance du PIB, il est moins certain que cela produise des effets dès 2012. Pourtant, F. Hollande et même N. Sarkozy (dont la politique actuelle sert de base aux projections du FMI) présentent des taux de croissance plus élevés dès le début du prochain quinquennat. Enfin, M. Le Pen estime que son programme permettra d’obtenir en fin de mandat une croissance plus importante que ses concurrents.
Pour mieux comparer l’évolution des recettes attendues par chacun des candidats, il convient de convertir la croissance du PIB et le taux de prélèvements obligatoires en euros constants. Pour cela, il suffit de prendre le PIB de la France en 2011 (Source: INSEE) et de le multiplier pour chaque année par le taux de croissance espéré par chaque candidat.
Le taux de prélèvements obligatoires s’exprimant en pourcentage du PIB, leur montant en euros constants s’obtient en multipliant ce taux par le chiffre du PIB en euros.
Il apparaît alors que F. Bayrou et N. Sarkozy comptent augmenter les recettes de l’Etat dans des proportions similaires, le candidat socialiste étant un peu au-dessus. Ce dernier prévoit, en effet, à la fois une meilleure croissance et une mise en place de sa réforme fiscale plus rapide que ses concurrents (le taux de prélèvements obligatoires s’élèverait sur 2 ans avant de se stabiliser). Il en résulte que ses 39,7 Md€ de hausses d’impôts génèreraient en réalité plus de recettes sur 5 ans que les 40,6 Md€ de N. Sarkozy ou les 50 Md€ de F. Bayrou. Enfin, en gardant un taux d’imposition stable, la candidate du FN permettrait tout de même à l’Etat d’accroitre ses recettes par le seul biais de la croissance du PIB.
Si la croissance est moins bonne qu’annoncée, le futur Président ne pourra tenir ses engagements et n’aura d’autres choix que de réduire d’avantage les dépenses ou d’augmenter plus les taxes et les impôts s’il veut rétablir l’équilibre des finances. Par exemple, si les prévisions de croissance du FMI se vérifiaient, pour obtenir le même montant de recettes que prévoient leurs budgets respectifs en 2013, F. Hollande devrait théoriquement augmenter les prélèvements obligatoires à 47% (au lieu de 46,5% dans son programme) et N. Sarkozy à 45,7% (au lieu de 45,1%). F. Bayrou ne devrait en revanche pas trouver de nouveaux impôts ou taxes (puisqu’il n’est pas plus optimiste que le FMI), et M. Le Pen aurait un peu plus de recettes que prévues (14,1 Md en euros constants 2011). Tout ceci partant néanmoins du principe que le chiffrage de leurs mesures, qui manque parfois de détails, est exact.
La répartition des hausses d’impôts
Bien évidemment, les hausses d’impôts et la réforme fiscale que prévoit chacun des candidats ne toucheront pas tous les contribuables dans les même proportions. Là encore, seul ces quatre mêmes candidats chiffrent suffisamment leur programme pour permettre un comparatif du montant total des hausses d’impôt et de leur répartition entre les particuliers et les entreprises (clicker sur le nom des candidats pour voir leur programme):
- F. Bayrou: 50 Md€ de hausse d’impôt reposant principalement sur une hausse de la TVA (20 Md€ touchant l’ensemble des ménages) et un rabot des niches fiscales (20 Md€ répartis entre particuliers et entreprises). Les plus aisés et le capital seraient aussi mis à contribution (10 Md€). Son chiffrage n’apporte pas plus de précision, notamment sur la liste des niches concernées.
- F. Hollande: 39,7 Md€ d’augmentation nette des impôts qui se répartissent en 15,2 Md€ pour l’ensemble des ménages (dont 3,1 Md€ pour les hauts revenus et 8,1 Md€ pour les revenus du capital) et 24,5 Md€ pour les entreprises (dont 2,1 Md€ pour la taxation de leur capital). Les PME et les TPE bénéficierait néanmoins de 5 Md€ d’allègements fiscaux.
- M. Le Pen: 0 € d’augmentation selon son chiffrage au terme du quinquennat. Cette promesse paraît cependant peu crédible car, en dehors de la suppression de la taxe foncière et de la lutte contre la fraude fiscale, elle ne propose que des hausses d’impôt. Elles porteraient principalement sur les hauts revenus, le capital, et les entreprises qui n’investissent pas en France.
- N. Sarkozy: 40,6 Md€ d’augmentation nette qui se répartissent en 31 Md€ pour l’ensemble des ménages (dont 0,6 Md€ pour les hauts revenus, 5,3 Md€ pour les revenus immobiliers, et 2,3 Md€ pour les autres revenus du capital), 8,1 Md€ pour les entreprises (dont environ 6 Md€ pour la taxation de leur capital) et 1,5 Md€ pour les fraudes fiscales.
- N. Arthaud: peu de réduction de dépenses et hausses d’impôts seulement pour “les capitalistes et les banquiers” afin de rembourser le dette. Sa réforme repose sur la redistribution des richesses en taxant les plus aisés et supprimant les allègements fiscaux des entreprises.
- J. Cheminade: hausse d’impôts et simplification de la fiscalité en faveur d’une plus grande redistribution et d’un soutien au PME. Il présente de nombreuses mesures mais sans chiffrer.
- N. Dupont-Aignan: pour réduire les déficits, il s’oppose à l’austérité et propose essentiellement une augmentation des recettes. Elles seraient générées par un retour de l’activité économique que faciliterait la sortie de l’euro, le protectionnisme et la baisse des charges pour les PME qui produisent en France.
- E. Joly: 30 Md€ de hausses d’impôts avec deux priorités: d’une part, mettre en place une fiscalité écologique et d’autre part, faire en sorte que “les personnes les plus riches” ne paient pas moins d’impôt que les classes moyennes, en proportion de leur revenu, et que les grandes entreprises ne soient pas moins taxées que les PME.
- J-L Mélenchon: 150,5 Md€ de hausses d’impôts auxquels il ajoute 42 Md€ de recettes en monétisant les charges d’intérêt de la dette, selon son chiffrage. Il refuse “le dogme” de la réduction des dépenses, l’équilibre des comptes reposant essentiellement sur l’augmentation des prélèvements obligatoires, qui serait cibléé sur les hauts revenus (20 Md€), l’exil et la fraude fiscal (9 Md€), le capital (4 Md€), et les produits spéculatifs (10 Md€). Il prévoit également de supprimer progressivement les niches fiscales et sociales ainsi que des exonérations de charges patronales jugées inefficaces (120 Md€).
- P. Poutou: annulation de la dette, peu de réduction des dépenses, redistribution, augmentation de l’imposition des plus aisés (150 Md€), du capital et des entreprises, notamment avec la suppression des niches fiscales et exonérations sociales (172 Md€). Au total, au moins 322 Md€ d’impôts supplémentaires, les autres mesures n’étant pas chiffrées.
>> Pour aller plus loin: le décryptage détaillé des mesures fiscales de chacun des dix candidats
>> A lire et voir sur le site:
- Dépense publique: comparatif et infographies des propositions des candidats
- Déficit public: infographie comparant les propositions chiffrées des candidats
- Dette publique: infographie comparant les propositions chiffrées des candidats
>> A lire également, le chiffrage de leurs programmes par:
>> Comparer les programmes:



