Augmentation record du chômage depuis 2007


REUTERS / Eric Gaillard

- article mis à jour le 2 mai 2012 à 18h50 - 

Le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A, B, et C a augmenté de 0,7 % (+30 700) en mars 2012, pour le onzième mois consécutif. Il n’y a donc pas de "baisse tendancielle de l’augmentation du nombre de chômeurs" comme en jugeait N. Sarkozy le 26 mars sur France Info lorsque les chiffres de février 2012 montraient une hausse de 0,5% sur un mois (voir la vidéo). Parallèlement, le nombre de contrats aidés (catégorie E à Pôle Emploi) a soudainement augmenté de 7,3% (+ 25 400) depuis septembre 2011 après une baisse de 5% sur un an (Source: DARES). Ces emplois ont donc permis de limiter la hausse du chômage pour quelques mois, mais il ne sont que temporaires. On le voit bien, en fonction du chiffre choisi ou de mesures provisoires, les publications mensuelles du chômage peuvent faire l’objet de propos qui ne reflètent pas nécessairement sa véritable évolution. Prenons donc un peu de recul et tentons de dresser le bilan du quinquennat sans sélectionner les statistiques.

>> LIRE: les propositions des candidats pour l’emploi (en bas de page)

LES MOTS

Dans son projet présidentiel en 2007, N. Sarkozy s’était engagé à "atteindre le plein-emploi, c’est-à-dire un chômage inférieur à 5 % et un emploi stable à temps complet pour tous." Loin d’avoir anticipé la crise économique qui a touché tout l’Occident, il avait même appelé les Français "à en tirer les conséquences" en cas d’échec.

(extrait de l’émission "A vous de juger" du 26 avril 2007)

LES FAITS

Les chiffres du chômage ont varié dans leur définition au cours du temps et s’expriment de diverses manières, rendant leur suivi difficile. La critique des propos tenus par les représentants politiques et syndicaux en devient donc hasardeuse. Il y a en effet deux méthodes pour compter les chômeurs: le nombre d’inscrits à Pôle Emploi et la définition du Bureau International du Travail (BIT). Cette dernière a pour avantage de permettre des comparaisons internationales, même si son interprétation est parfois discutable. Pour analyser leur évolution depuis le début de cette législature, prenons comme date de référence juin 2007 et comme sources les archives de l’institut statistique du Ministère de l’emploi, la DARES, et celles de l’INSEE.

Ainsi, selon la DARES 4 920 400 personnes (+ 1,680 millions depuis mai 2007) étaient inscrites à Pôle emploi fin mars 2012 (et même 5 216 500 si on comptabilise les DOM). Parmi eux, il y a 2 884 500 chômeurs en catégorie A, c’est-à-dire en recherche active et n’ayant exercé aucune activité réduite (+ 743 100) et 4 309 300 en catégorie A, B et C, c’est-à-dire en comptant ceux qui ont eu une activité réduite dans le mois (+1,069 millions soit un hausse 33% depuis mai 2007).

Par ailleurs, selon les derniers chiffres au sens du BIT (publiés par Eurostat), le taux de chômage a atteint les 10% de la population active fin mars 2012 contre 8,5% au début du quinquennat. Cela représente 2 678 000 chômeurs en métropole (+ 422 000, soit une hausse de 18,6% depuis juin 2007) selon les derniers chiffres détaillés de l’INSEE (qui s’arrêtent à fin décembre 2011), les données prenant en compte l’outre-mer n’étant pas publiées.

Source: Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES)

Malgré une hausse presque constante du nombre de demandeurs d’emploi depuis début 2008, le Gouvernement a paradoxalement diminué de 24% les crédits alloués à la mission "travail et emploi". Le budget est ainsi passé de 12,64 milliards en 2007 à 10,19 milliards d’euros en 2012, ce qui a diminué le financement de Pôle Emploi, des politiques de développement de l’emploi et même celui de la formation des chômeurs (fait paradoxal au vu des récentes promesses électorales de N. Sarkozy). Cela n’inclus toutefois pas l’ensemble des dépenses en faveur de l’emploi qui se sont élevées à 87,1 milliards d’euros en 2009.

>> à lire:

Record du nombre de chômeurs depuis 1999 (voire de la Ve République)

Historiquement, les chiffres de mars 2012 sont les plus mauvais depuis novembre 1999 pour les chômeurs catégorie A, depuis décembre 1994 selon le BIT, et depuis la création de l’ANPE (1967) pour les chômeurs de catégorie A à E (c’est-à-dire de la Ve République). Les comparaisons restent cependant limitées par le fait que les définitions ont évolué au cours du temps, celle du nombre total d’inscrits à l’assurance chômage restant la plus stable.

La France ne s’en sort pas mieux que ses voisins européens

Contrairement à ce que répète le Gouvernement, la France ne résiste pas mieux à la crise que ses voisins européens. Selon les chiffres du BIT publiés par Eurostat, le taux de chômage en France (10%) est supérieur à celui de l’Allemagne (5,6%) mais aussi l’Italie (9,8%), les Pays-Bas (5,0%), la Belgique (7,3%), le Royaume-Uni (8,2%) ou encore l’Autriche (4,0%). La situation en France est cependant moins grave qu’en Espagne (24,1%) ou en Grèce (21,7%). Au final, la France a actuellement le 15e taux de chômage le plus élevé de l’Union Européenne.

D’après Eurostat, la France a en réalité connu une montée du chômage dans des proportions similaires à la moyenne européenne depuis octobre 2008, date du début de la crise. Son taux y a augmenté de 2 points (de 8% à 10%), ce qui classe la France 12e sur 34 pays de l’OCDE en terme de pourcentage d’évolution (voir l’infographie).

Source: Eurostat

>> à lire: plus de détails sur la situation de la France comparée à l’Europe

Si on regarde la dynamique depuis 1 an, le taux de chômage a commencé à baisser dans au moins 8 États membres, les données étant encore incomplètes pour mars. Ainsi, de décembre 2010 à décembre 2011, la France se classe seulement 18ème en terme de pourcentage d’évolution de son taux sur les 34 pays de l’OCDE suivis par Eurostat.

Source : Eurostat

VERDICT

Quelque soit la manière de comptabiliser les demandeurs d’emploi, le chômage a connu un augmentation record depuis 2007. Le nombre de personnes inscrites à Pôle Emploi a franchi la barre des 5 millions en France, toutes catégories confondues, et le taux de chômage rejoint celle des 10% selon la définition du BIT. Compte tenu de l’ampleur de la crise économique, il paraît difficile de reprocher à N. Sarkozy de ne pas avoir atteint son objectif de 5%. Néanmoins, le Gouvernement ne peut non plus se vanter d’avoir permis à la France de mieux résister à la crise que ses voisins européens, qui pour certains voient déjà le nombre de demandeurs d’emploi diminuer.

A lire également: 

LES PROPOSITIONS pour l’Emploi des candidats à la Présidentielle 2012 :

>> Comparer les programmes:

 

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